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«Nous ne serons plus jamais esclaves». Des femmes fortes s’expriment à travers l’objectif de Lisa Kristine.

17 mars 2021

A ce jour, 50 pays ont ratifié le Protocole de l’OIT sur le travail forcé. Pour illustrer cet événement marquant, nous vous invitons à découvrir une photo inspirante de femmes fortes, prise par la célèbre photographe Lisa Kristine. Nous lui avons demandé de nous raconter l’histoire qui est à l’origine de cette photo symbolisant l’espoir et l’autonomisation pour les victimes de l’esclavage moderne.

Photo: Piliers, Inde (© Lisa Kristine)

©lisakristine.com

Lisa Kristine, photographe humanitaire et championne de la campagne 50 for Freedom, a parcouru le monde entier pour documenter l’esclavage moderne. Au cœur des conditions inhumaines dans lesquelles vivent les victimes du travail forcé, elle a trouvé des étincelles d’espoir, comme le courage de ces femmes qui ont défendu leur communauté. Lisa nous raconte leur histoire.

 

50 for Freedom (50FF): Lisa Kristine, vous avez pris de nombreuses photos qui témoignent des horribles abus de l’esclavage moderne. Or, cette photo transmet un message d’espoir. Pourriez-vous nous expliquer qui sont ces femmes et comment vous les avez rencontrées?

Lisa Kristine (LK): Ces femmes sont originaires d’un village bien particulier situé en Inde, où tous les membres de la communauté ont été asservis pendant des générations. Contraints de travailler plus de 16 heures par jour, souvent sous une chaleur insupportable, en utilisant des outils rudimentaires pour casser des grosses pierres et les transformer en petits cailloux, ils trimaient sans relâche. Les femmes représentées sur la photo ont mobilisé leur communauté et l’ont menée vers la liberté. Aujourd’hui, les villageois continuent à faire ce même travail éreintant, mais ils sont propriétaires de leur carrière, perçoivent un salaire, et travaillent pour eux-mêmes en toute liberté. Cela fait toute la différence.

50FF: Comment sont-ils parvenus à s’émanciper?

LK: Certains partenaires de l’ONG Free the Slaves (Libérez les esclaves) ont travaillé avec les villageois pour les aider à prendre conscience de leurs droits. Un beau jour, ils ont tous pris un bus pour aller voir un avocat et lui demander de l’aide. Mais les propriétaires des esclaves du village ont découvert leur plan. A leur retour, les villageois ont trouvé leurs maisons réduites en cendres. Comme vous pouvez l’imaginer, ils ont pris peur et voulaient renoncer à leur projet. Mais la femme qui apparaît au centre de la photo les a convaincus: «Effectivement, nous n’avons rien. Donc nous n’avons plus rien à perdre.» En un ou deux ans, ils ont réussi, avec l’aide des militants, à obtenir la concession d’exploitation d’une carrière. Aujourd’hui, ils sont libres, et leurs enfants vont à l’école!

 

50FF: Que vous inspire cette histoire?

LK: Je me souviens de ces femmes qui m’ont annoncé avec fierté: «C’est notre carrière, nous en sommes désormais les propriétaires, et nous ne serons plus jamais esclaves.» Elles sont les héroïnes qui me donnent de l’espoir et me poussent à continuer mon travail. Elles nous montrent clairement ce qu’est le véritable pouvoir et sont un exemple de la résilience du cœur humain!

 


Pour en savoir plus sur les travaux de Lisa, veuillez consulter son site Web: lisakristine.com

 

Entretien réalisé par Aurélie Hauchère Vuong, campagne 50 for Freedom, Organisation internationale du Travail