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«Désormais, je peux envisager l’avenir avec espoir»

24 janvier 2021

par Padma Kumari Tamata

Padma Kumari Tamata est née dans une famille réduite à la servitude, dont les dettes sont transférées de génération en génération. Or, sa vie a pris un nouveau tournant après qu’elle a suivi une formation professionnelle soutenue par l’OIT au Népal, qui vise à réhabiliter les anciennes victimes du travail forcé et à donner aux groupes vulnérables les moyens de s’émanciper.

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©lisakristine.com

Je m’appelle Padma et je viens de Vashi, un petit hameau situé dans le district de Kanchanpur, à l’ouest du Népal. Toute ma famille travaillait dans une ferme en situation de servitude. Les gens nous appellent les Haliyas. Nous travaillions pour le propriétaire pour rembourser notre dette, héritée de mes parents ou peut-être de mes grands-parents, je ne sais pas… Mais, comme elle n’a jamais été honorée, nous continuions à travailler sans être rémunérés. Tout ce que nous recevions du propriétaire, c’était un sac de riz et quelques vêtements en échange d’une année entière de travail. Nous n’avions pas la liberté de partir ni de prendre des décisions par nous-mêmes.

Vous savez, je ne suis jamais allée à l’école, et j’étais tout juste capable de signer mon nom et de faire quelques opérations.

En 2008, le gouvernement du Népal a aboli le système des Haliyas et nous a déclarés libres. Il n’empêche que ma famille continue de lutter pour trouver du travail et des moyens de subsistance.

Mais ma vie a changé lorsqu’on m’a proposé une formation professionnelle intensive pour apprendre à cultiver des légumes hors saison, et aussi pour acquérir des notions de technique commerciale ainsi que des compétences pratiques.

Ma famille a toujours travaillé à la ferme, mais je me rends compte que nous ne connaissions pas grand-chose à l’agriculture. La formation a été très utile pour en apprendre plus sur les semences, les différents types de sols, la façon de les enrichir, et la quantité d’engrais et d’eau qu’il convient d’utiliser. Grâce à cette formation, j’ai compris pourquoi il faut éviter que les légumes soient exposés à la lumière directe du soleil. Avant, nous ne nous rendions pas compte de l’importance des techniques agricoles et rejetions la faute sur les semences ou la météo lorsque les rendements étaient mauvais.

J’ai fini par louer un petit lopin de terre à mes voisins pour y cultiver des légumes.

La première fois que je suis allée au marché vendre mes légumes, j’étais terriblement nerveuse. Mon cœur battait la chamade d’excitation et d’anxiété. Toutes sortes de questions me hantaient l’esprit… Que se passerait-il si un client me donnait un gros billet et que je ne puisse pas lui rendre la monnaie?

Ce fut une journée très spéciale pour moi, mon premier jour de vente après avoir créé ma propre entreprise de culture et vente de légumes.

Désormais, j’ai le sentiment de pouvoir envisager l’avenir avec espoir.

Il existe une forte demande de légumes hors saison sur le marché, en particulier de concombres et de tomates. Parfois, des gens viennent à ma ferme pour acheter directement des produits frais. Même si je ne vends pas de légumes tous les jours, je parviens tout de même à économiser un peu d’argent!

 


En bref:

  • Le protocole de l’OIT relatif à la convention sur le travail forcé impose aux gouvernements de prendre des mesures efficaces pour prévenir le travail forcé et assurer aux victimes une protection. Cinquante pays ont déjà ratifié le protocole.
  • Padma Kumari Tamata est l’une des 25 femmes, toutes des anciennes Haliyas, qui ont été recensées par la Fédération Rastriya Haliya Mukta Samaj et formées à la culture des légumes par le Centre des ressources humaines de Bajura, au Népal.
  • La formation est soutenue par le Projet Bridge de l’OIT, qui est financé par le ministère du Travail des États-Unis.
  • 600 anciens travailleurs asservis ont reçu une formation dans 14 professions différentes: plomberie, couture, maçonnerie, peinture en bâtiment, réparation de téléphones portables, mécanique et réparation de motocycles, métiers de la beauté.
  • Plus de 60 pour cent des personnes ayant suivi la formation ont créé leur propre entreprise.
  • Plus de la moitié ont commencé à percevoir un revenu pour la première fois de leur vie.
  • Les femmes qui ont participé à la formation peuvent désormais accéder à des métiers à prédominance traditionnellement masculine, par exemple la réparation de motocycles.