En mai 2014, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a nommé l’avocate des droits de l’homme, Urmila Bhoola, au poste de Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et leurs conséquences. Dans le cadre de ses fonctions, elle traite des questions liées à l’esclavage traditionnel, au travail forcé, à la servitude pour dette, au servage, aux enfants qui travaillent dans des conditions d’esclavage ou comparables, à la servitude domestique, à l’esclavage sexuel et au mariage servile.

Ancienne juge au Tribunal du travail d’Afrique du Sud, Mme Bhoola a pris ses fonctions après vingt ans d’expérience comme avocate dans les domaines du droit du travail et des droits de l’homme – une carrière au service des droits de l’homme et de l’égalité des sexes, récompensée à de nombreuses reprises.

Nous nous sommes entretenus avec la Rapporteuse spéciale pour découvrir ce qui est fait pour combattre l’esclavage.

Le rôle de la Rapporteuse spéciale

Son mandat de Rapporteuse spéciale, explique-t-elle, implique de faire des visites dans les pays et d’établir s’ils respectent leurs obligations légales de mettre fin à l’esclavage, comme le prévoient les accords internationaux.

urmila-shaking-handsRéunion avec Mme Hadijatou Mani Korau qui a déposé une plainte pour esclavage devant la Cour de justice de la CEDEAO, Niger

«Il est difficile de ne pas s’investir sur le plan émotionnel», dit-elle. «Vous vous rendez compte qu’il reste beaucoup à faire mais vous savez aussi que tout va se passer très lentement. Chaque fois que je me sens dans une impasse, je me rappelle le désespoir des personnes que j’ai rencontrées et cela renforce ma détermination à apporter un changement positif dans leur vie».

Les enjeux

Interrogée sur les difficultés rencontrées dans l’exercice de ses fonctions, Mme Bhoola a indiqué deux principaux enjeux.

«L’un des principaux enjeux pour un rapporteur, c’est de comprendre comment les pays s’efforcent de respecter les accords internationaux et s’ils ont adopté des législations nationales qui interdisent l’esclavage. Si les pays disposent déjà de lois en vigueur, il est alors nécessaire de vérifier dans quelle mesure elles sont appliquées.

urmila-el-salvadorVisite de pays à El Salvador – Réunion avec les travailleurs des régions côtières

L’autre enjeu, c’est de s’assurer que les recommandations faites par la rapporteuse à l’issue de sa visite de pays sont pratiques et adaptées au pays. La rapporteuse fait des recommandations pour modifier les politiques et les législations en vigueur au niveau national et aide à identifier les domaines de progrès, tels que leur cadre institutionnel et l’allocation de ressources».

Le Protocole sur le travail forcé

Peu après sa prise de fonctions, l’Organisation internationale du Travail a adopté le Protocole sur le travail forcé, un traité juridiquement contraignant qui impose aux gouvernements qui l’ont ratifié de prendre de nouvelles mesures pour lutter contre l’esclavage moderne sous toutes ses formes. A ce jour, dix pays l’ont ratifié.

«Le Protocole sur le travail forcé est important parce qu’il complète les Conventions de l’ONU en vigueur et fournit une base pour combattre l’exploitation sexuelle et économique. Il traite aussi du travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et, pour moi, c’est un apport significatif au cadre juridique et politique international puisqu’il oriente les gouvernements et les entreprises sur les moyens pratiques de lutter contre le travail forcé», ajoute Mme Bhoola.

«Cependant, il ne suffit pas de ratifier le Protocole. Encore faut-il que les Etats veillent aussi à la mise en œuvre effective et immédiate de leurs obligations afin de prévenir de nouveaux cas d’abus et d’exploitation, de protéger les victimes et de leur garantir l’accès aux réparations, ainsi que de punir ceux qui ont contraint des personnes à travailler dans des conditions d’esclavage. La ratification s’accompagne d’un devoir de rendre compte des mesures prises pour le mettre en application».

La Cible 8.7 des ODD

En 2015, les dirigeants du monde ont adopté les Objectifs de développement durable à l’horizon 2030: 17 objectifs interdépendants et 169 cibles associées pour orienter le développement mondial.

Aux termes de la cible 8.7, les dirigeants s’engagent à «prendre des mesures immédiates et efficaces pour supprimer le travail forcé, mettre fin à l’esclavage moderne et à la traite des êtres humains, interdire et éliminer le travail des enfants sous toutes ses formes, y compris le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats, et d’ici à 2025 mettre un terme à toutes les formes de travail des enfants».

C’est un objectif ambitieux que Mme Bhoola pense réalisable avec le récent lancement de l’Alliance 8.7.

«L’alliance 8.7 est un partenariat mondial qui mobilise les ressources, les connaissances, les compétences et les capacités d’une multitude d’acteurs, y compris les gouvernements, les entreprises, les travailleurs, les ONG et les chercheurs, afin de coordonner les efforts déployés au niveau national, régional et mondial pour atteindre la Cible 8.7.

Pour les pays, la ratification du Protocole sur le travail forcé est une première étape en vue d’atteindre la cible. Puisque davantage de pays appliquent le Protocole et préconisent le travail décent comme solution, je suis convaincue que nous pouvons atteindre la Cible 8.7».

Nous pouvons tous être utiles

Avec 21 millions de personnes victimes du travail forcé dans le monde, Mme Bhoola souligne que chacun et chacune peut jouer un rôle pour y mettre un terme.

«Il est indispensable que tout le monde comprenne que les formes contemporaines d’esclavage existent toujours dans notre société. Chacun peut apprendre ce qu’est l’esclavage, comment il se manifeste et quelles formes il peut prendre. Souvent, les personnes touchées par l’esclavage sont cachées, dissimulées aux yeux de tous, et travaillent sur des sites informels qui sont difficiles à repérer. Si nous sommes plus vigilants face aux formes d’exploitation qui existent, nous serons plus conscients et nous pourrons agir.

En tant que consommateurs, nous pouvons nous assurer que les biens et les services que nous achetons sont produits dans des conditions décentes, sans exploitation ni formes extrêmes d’exploitation qui conduisent à l’esclavage.

Mettre fin à l’esclavage dépend de nous».

Urmila Bhoola participe à une réunion de haut niveau «Revealing the Child Faces of Modern Slavery» (Révéler les visages des enfants de l’esclavage moderne), organisée par le Haut Commissaire aux droits de l’homme à l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, le 2 décembre. L’événement se déroulera au siège des Nations Unies à Genève, Suisse.