søren bak jensen
M. Søren Bak-Jensen, directeur du Musée des travailleurs de Copenhague

Pourquoi est-ce important pour le Musée des travailleurs de s’intéresser à la question de l’esclavage?

SBJ: Le Musée des travailleurs présente des histoires sur le mouvement ouvrier au Danemark et sa contribution à la création d’une société fondée sur la liberté, l’égalité et la solidarité. L’esclavage est une violation extrême de ces principes, et chacun devrait œuvrer en vue de son éradication.

L’esclavage a toujours existé et demeure un problème bien réel aujourd’hui. Grâce à cette exposition, nous souhaitons attirer votre attention sur ce phénomène et encourager les gens à soutenir la lutte contre l’esclavage.

Pouvez-vous nous donner une idée du contenu de l’exposition et des principaux thèmes qui y sont abordés?

SBJ: En présentant des objets d’artisanat traditionnel, des images, des documents d’archives et des témoignages personnels, l’exposition tente de raconter comment on devient esclave.

Elle montre que la production de produits de base – notamment le sucre – dans les territoires colonisés était un commerce extrêmement lucratif aux 17e et 18e siècles. Le recours à des travailleurs d’Afrique de l’Ouest réduits en esclavage a permis aussi bien à l’Etat danois qu’aux propriétaires de plantations danois d’accumuler d’énormes richesses. Le Danemark fut l’un des pays les plus actifs dans la traite transatlantique des esclaves, et les luxueuses demeures de Copenhague construites grâce à l’argent tiré de la traite des personnes et du commerce du sucre témoignent encore des profits générés par ces activités.

Mais l’exposition montre surtout comment les esclaves se sont de tout temps mobilisés en faveur de la lutte pour la liberté et pour être traités comme des êtres humains: actes de résistance dans leur travail quotidien sur les plantations, empoisonnement de propriétaires d’esclaves, actes de rébellion pure et simple et, en dernier recours, suicide. A mes yeux, ce mouvement de résistance permanente contre l’asservissement est le témoignage le plus fort du mal qu’a toujours représenté l’esclavage, même lorsque de nombreuses personnes jugeaient cette pratique acceptable.

“Stop-Slavery!” Exhibition

L’une des salles du musée est consacrée à l’esclavage moderne. Pourquoi avez-vous tenu à mettre en évidence le lien entre le passé et le présent?

SBJ: Nombreux sont ceux qui ne se rendent pas compte que l’esclavage est un problème actuel. La plupart des gens considèrent l’esclavage comme un phénomène éloigné de leur quotidien et lié à un passé colonial lointain. Le chiffre de 21 millions de personnes actuellement réduites en esclavage suscite souvent le scepticisme, qui grandit encore lorsqu’on ajoute que l’esclavage moderne est tout autour de nous, caché sous nos yeux.

Etablir un lien entre esclavage historique et esclavage actuel peut aider les gens à comprendre les conséquences horribles de l’esclavage des temps modernes sur le plan humain. Cela permet aussi de mettre en évidence le fait que l’esclavage existe aujourd’hui au fond pour les mêmes raisons que celles qui ont toujours prévalu: des bénéfices économiques considérables peuvent être générés pour ceux qui organisent la traite des personnes et qui contrôlent le travail, en fermant les yeux sur les conséquences tragiques de l’esclavage sur les individus et les sociétés.

Votre musée s’est fixé certains objectifs pour soutenir la campagne «50 for Freedom». Lesquels?

SBJ: Le protocole de l’OIT sur le travail forcé, adopté en 2014, est une étape marquante dans la lutte contre l’esclavage moderne, et nous espérons contribuer activement à encourager le gouvernement danois à le ratifier.

Lorsque l’exposition touchera à sa fin, nous espérons que 5 000 personnes au Danemark auront apporté leur soutien à la campagne «50 For Freedom». En outre, nous souhaitons présenter quelques-unes des organisations et des initiatives qui visent à sensibiliser les consommateurs au problème de l’esclavage moderne et à promouvoir des échanges commerciaux favorables au travail décent.

Qu’encourageriez-vous les gens à faire pour mettre un terme à l’esclavage moderne?
SBJ: A se poser les questions suivantes: d’où viennent les biens et comment sont fournis les services que je consomme. Quelle chaîne de production suis-je en train de soutenir lorsque j’achète un produit ou que je bénéficie d’un service? Dans une économie mondialisée, il nous est quasiment impossible, à nous autres consommateurs, de répondre à ces questions. Notre objectif devrait donc se traduire en mesures concrètes, en soutenant et en influençant les organisations et les institutions susceptibles de mener des recherches appropriées et d’inscrire la question de l’esclavage moderne à l’ordre du jour des priorités internationales, comme il se doit.

Je pense que chacun peut, et devrait, contribuer à lutter contre l’esclavage et faire preuve de solidarité envers les hommes, les femmes et les enfants qui sont aujourd’hui en situation d’esclavage ainsi qu’envers ceux qui se sont battus contre l’asservissement par le passé.

 

Halte à l’esclavage!

L’exposition aura lieu du 31 mars 2017 au 30 mars 2018.

Arbejdermuseet (Musée des travailleurs)

Rømersgade 22

1362 Copenhague

Danemark 

Tél.: +45 3393 2575 

info@arbejdermuseet.dk

Horaires d’ouverture: tous les jours de 10h à 16h (sauf le mercredi: 10h à 19h)