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Lever le voile sur l’esclavage: Entretien avec la photographe Lisa Kristine

24 juillet 2018

L’Américaine Lisa Kristine, photographe humanitaire, évoque le travail qu’elle a effectué ces trente dernières années pour documenter les cultures indigènes et les enjeux sociaux tels que l’esclavage moderne.

©lisakristine.com

La photographe humanitaire américaine Lisa Kristine, soutien de la campagne 50 for Freedom, s’est entretenue avec John Dombkins de l’Organisation internationale du Travail, lors de la IVe Conférence mondiale sur l’élimination durable du travail des enfants à Buenos Aires.

John Domkins: Pourquoi avez-vous décidé de mettre en lumière l’esclavage moderne et le travail des enfants?

Lisa Kristine: Je documente l’humanité à travers le monde avec un souci de dignité et de beauté depuis plus de trente ans, dans plus d’une centaine de pays, sur les six continents. En 2009, j’étais à la Conférence mondiale de la paix avec sa Sainteté le Dalaï-Lama et d’autres lauréats du prix Nobel de la paix et c’est là, au cours d’une conversation, que j’ai découvert que l’esclavage existait toujours. J’ai été vraiment frappée par cela, surtout parce que même si je passe mon temps à observer les autres je n’avais rien vu! S’agissant du travail des enfants et de l’esclavage, je pense qu’ils sont souvent cachés, juste sous nos yeux. J’ai donc décidé de commencer à chercher de quoi faire la lumière sur ce phénomène afin que les gens à travers le monde puissent réellement voir qu’il existe. Parce que voir, c’est croire. Une fois que vous avez vu, vous pouvez décider d’agir.

JD: Etes-vous parfois choquée par les images que vous prenez?

Lisa Kristine: Je suis très choquée par ce que je vois. Parfois, je vois des choses atroces et désespérantes et quand je me trouve dans ce type de situations j’essaie de laisser toutes mes craintes de côté parce que je veux juste aider ces gens en faisant la lumière sur leur histoire. Alors oui c’est choquant mais d’un autre côté je dois le faire. Je ne pense pas que j’aie le choix. C’est comme un appel, si je ne le faisais pas, j’aurais du mal à dormir.

JD: Quand on regarde votre travail sur l’esclavage moderne et le travail des enfants, on perçoit une proximité avec les personnes photographiées. Que ressentez-vous quand vous rencontrez ces personnes qui vivent des situations souvent terribles. Est-ce difficile de les quitter une fois que vous avez pris la photo?

Lisa Kristine: Quand je suis en présence de personnes qui sont dans une situation très difficile, j’ai très peu de temps pour travailler; dans ces moments-là, j’ouvre tout simplement mon cœur pour être présente à leurs côtés. Je sais que quelle que soit la difficulté de l’expérience vécue, ils ont leur dignité pour refuge et c’est ce que j’ai envie de photographier. C’est dur de passer son chemin et pourtant nous devons tous utiliser nos compétences et nos talents. En fait, quand j’ai entamé ce projet, je me suis imposée des limites, ce que je pouvais faire et ce que je ne pouvais pas. J’étais là pour faire ce que je fais le mieux, c’est-à-dire documenter l’humanité. Je dois faire confiance aux excellents abolitionnistes qui sont sur le terrain pour faire ce qu’ils font le mieux, à savoir libérer les gens.

JD: Vous soutenez la campagne 50FF et l’Alliance 8.7 des Objectifs de développement durable en offrant vos photos et en militant. Pourquoi est-ce important de prendre part à ces activités?

Lisa Kristine: La beauté de l’Alliance 8.7 et de 50FF, c’est qu’elles ont la capacité de faire beaucoup pour changer les choses dans le monde en ce qui concerne l’esclavage moderne et le travail des enfants. La raison pour laquelle je fais ces photos, c’est pour accompagner et collaborer avec des gens qui ont la force nécessaire pour éradiquer ces atrocités. Je suis déterminée et ne vois rien de mieux à faire. C’est très important pour moi.

JD: Vous êtes une source d’inspiration. Comment pensez-vous que d’autres artistes pourraient contribuer à l’éradication de l’esclavage?

Lisa Kristine: J’ai tendance à croire que chacun, quel que soit son domaine, a quelque chose à offrir pour contribuer à lutter contre l’esclavage moderne. Tout artiste peut partager une œuvre qui va permettre d’ouvrir une discussion sur l’esclavage.

Quand j’ai commencé à creuser le sujet, un changement s’est immédiatement produit en moi. J’espère que mes photographies feront le même effet à d’autres.

JD: Quelle sorte d’appareil et d’objectifs utilisez-vous?

Lisa Kristine: Curieusement, l’essentiel de mon travail est réalisé presque exclusivement avec une chambre photographique du 19e siècle, une chambre où j’introduis un négatif de grande taille pour exposer la photo. Quand j’ai commencé ce travail de documentation sur l’esclavage moderne, j’ai dû alléger le matériel, pour être plus agile et spontanée, pour pouvoir travailler rapidement: je me suis donc mise au 35 mm. C’était une expérience différente mais avec des résultats merveilleux.

JD: Pourriez-vous envisager d’utiliser un drone?

Lisa Kristine: C’est plus de la photographie en mouvement mais oui, absolument! J’adore le travail des drones et c’est du beau matériel.