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La contribution d’un protocole de l’OIT à la lutte contre le travail forcé dans la pêche thaïlandaise

7 janvier 2020

Depuis que la Thaïlande a ratifié le Protocole (n° 29) de l’Organisation internationale du Travail à la convention sur le travail forcé de 2014, la situation des travailleurs de l’industrie des produits de la mer et de la pêche s’est améliorée. Le projet Ship to Shore Rights de l’OIT a aidé le gouvernement thaïlandais à mettre en place ces changements.

©lisakristine.com

Chith «Jed» Poth avait à peine 17 ans quand il a quitté le Cambodge pour venir travailler en Thaïlande, dans le secteur de la pêche, en 2007. A l’époque, les graves abus commis envers les travailleurs de l’industrie thaïlandaise de la pêche étaient ignorés ou négligés par les autorités. Ces abus prenaient la forme de retenues de salaire ou de confiscation des passeports – signes classiques alertant sur de possibles cas de travail forcé.

Cependant, la ratification en 2018 par la Thaïlande du Protocole (n° 29) à la convention sur le travail forcé  – une première en Asie – a marqué un tournant majeur. La décision de ratifier la convention avait pour but d’envoyer un signal aux travailleurs, aux employeurs, aux principaux partenaires commerciaux et aux pays voisins, que la Thaïlande avait l’intention de rejoindre le mouvement mondial de lutte contre le travail forcé.

Les experts juridiques de l’OIT et le projet Ship to Shore Rights de l’OIT , financé par l’UE, ont fourni une analyse et un soutien technique considérable au gouvernement, aux employeurs et travailleurs thaïlandais lorsqu’ils débattaient de la ratification de la convention et sur la manière de combler les lacunes de la législation sur le travail forcé.

Il y a eu une nette amélioration, la rémunération notamment est bien plus élevée et versée plus régulièrement. La charge de travail est maintenant mieux planifiée et nous avons davantage de temps de repos.», Chith Jed Poth

Les changements apportés à la Loi anti-traite de la Thaïlande étaient le fruit d’un débat tripartite qui a duré plusieurs mois. Les partenaires de l’OIT ont généralement convenu que – même si les décisions n’allaient pas dans leur sens – la politique est plus intelligente, plus efficace et plus complète quand les organisations de travailleurs et les employeurs participent au débat.

Jed affirme que sur son navire «les choses vont beaucoup mieux. Il y a eu une nette amélioration, la rémunération notamment est bien plus élevée et versée plus régulièrement. La charge de travail est maintenant mieux planifiée et nous avons davantage de temps de repos.»

© ILO Ship to Shore Rights Project

Les nouveaux amendements sur le travail forcé, entraînés par la ratification par la Thaïlande du Protocole, peuvent faire beaucoup pour que les employeurs, les travailleurs, les inspecteurs du travail, les procureurs et les juges comprennent combien le problème est urgent, comment l’identifier et comment y mettre fin. Cependant, il reste des défis à relever, en particulier pour faire évoluer les pratiques des employeurs et les règles gouvernementales, et pour faire réellement appliquer les nouvelles règles.

«Par le passé, si nous étions malades ou blessés, nous ne pouvions aller à l’hôpital que si le skipper ou le propriétaire du navire nous y autorisaient. Maintenant, mes employeurs sont plus soucieux de notre santé et de notre bien-être et je peux me rendre à l’hôpital grâce à mon assurance sociale», explique Jed.

Ces améliorations sont présentes dans certains ports mais absentes dans d’autres. L’effort de syndicalisation baptisé Fishers Right Network (FRN – Réseau des droits des pêcheurs), soutenu par la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), donne une raison d’espérer. Jed et plus d’un millier d’autres pêcheurs immigrés en Thaïlande ont maintenant une meilleure compréhension de leurs droits et travaillent ensemble à faire évoluer leur secteur. Cependant, la Thaïlande n’a pas encore ratifié les conventions fondamentales de l’OIT n° 87  et 98  et les lois empêchant les migrants de créer et de diriger des syndicats signifient que la plénitude des droits de ces travailleurs – et à travers eux l’éradication du travail forcé – n’est pas encore une réalité.