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Combattre la rétention de passeport dans le secteur de l’huile de palme

19 juin 2018

Mettre fin à la rétention de passeport, c’est possible! En Malaisie, de nombreux employeurs ne voient aucun inconvénient à garder le passeport de leurs employés afin d’éviter la rotation de leur personnel. Cependant, certaines sociétés ont commencé à mettre en cause cette pratique courante et ont trouvé les moyens de garantir à leurs employés un endroit sûr et accessible où conserver leur passeport.

©lisakristine.com

En Malaisie, la rétention de passeport est un enjeu majeur tant pour les travailleurs migrants que pour leurs employeurs.

Privés de leur passeport, les travailleurs ne peuvent jouir de la liberté de circulation ni de nombreuses autres libertés attachées à la possession d’un passeport, ce qui en fait un indicateur de travail forcé. Qui plus est, le consentement à la rétention des passeports est douteux en raison du rapport de force déséquilibré entre travailleur et employeur. Même s’ils arrivent en toute légalité en Malaisie, les travailleurs migrants risquent d’être signalés aux autorités ou arrêtés par elles en application des lois sur l’immigration à ceux qui n’ont pas de passeport. En bafouant ces lois, on risque la détention, la bastonnade ou l’expulsion. «Nous avons vu trop de cas où des travailleurs étrangers sont à la merci d’employeurs abusifs qui les prennent en otage en conservant leur passeport», note Joseph Solomon, Secrétaire général du Congrès des syndicats malaisiens.

La rétention de passeport est une pratique d’ampleur nationale qui touche tous les secteurs. Dans le secteur de l’huile de palme, les employeurs sont régulièrement confrontés à des pénuries de main-d’œuvre et dépendent de la main-d’œuvre étrangère pour continuer leur activité. Ils affirment retenir les passeports afin qu’ils ne soient ni endommagés ni perdus. Leur remplacement causerait des difficultés bureaucratiques coûteuses et pénibles. Les passeports sont aussi confisqués pour prévenir tout risque de fuite et pour faciliter le renouvellement des permis de travail.

«La rétention de passeport est illégale et les autorités doivent rappeler à l’ordre tout employeur qui viole cette loi», affirme M. Solomon. Bien que la sensibilité aux questions de droits de l’homme reste faible, de nombreuses entreprises commencent à comprendre que l’accès aux marchés internationaux est lié au respect des droits des travailleurs; ces pratiques néfastes, telles que la confiscation de passeports, doivent cesser. Ces dernières années, les allégations des journalistes relatives aux violations des droits de l’homme dans les plantations de palmiers à huile en Malaisie ont braqué les projecteurs sur ces problèmes.

Le Forest Trust (TFT) est une organisation mondiale à but non lucratif qui milite activement pour la restitution des passeports. Depuis 2016, le TFT soutient les entreprises qui s’efforcent d’intégrer la restitution de passeport dans les chaînes d’approvisionnement de l’huile de palme. De ce fait, en Malaisie, plusieurs sociétés ont commencé à rendre leurs passeports à leurs employés; à installer des cadenas en donnant la clé aux travailleurs afin qu’ils disposent d’un endroit sûr et facile d’accès où déposer leur passeport.

Les cadenas ne résolvent pas tout mais ils peuvent constituer un bon point de départ pour un changement de mentalité complet concernant les droits des travailleurs en Malaisie. Après s’être engagées au côté du TFT sur les passeports, certaines entreprises ont commencé à préparer des politiques afin de promouvoir le respect des droits des travailleurs. Ces politiques couvrent les contrats de travail, les salaires équitables, l’élimination du travail forcé et asservi, le recrutement éthique, et la santé et la sécurité au travail. Mais le changement ne se produit pas du jour en lendemain.

«L’engagement est une importante part du processus de changement dans les entreprises», a déclaré Natasha Mahendran, responsable de projet pour les droits humains et sociaux au TFT. «Une fois la confiance établie, elles sont plus réceptives à de nouvelles idées, comme le fait que la restitution de passeport puisse améliorer la relation entre l’employeur et l’employé».

D’après l’expérience de Natasha, il est important que les entreprises s’approprient le parcours de changement. Plusieurs d’entre elles ont commencé par un test – en restituant les passeports et en fournissant des cadenas dans certaines plantations ou moulins, puis elles ont progressivement étendu l’expérience quand elles se sont rendues compte que c’était faisable. Les différences de taille des entreprises avec lesquelles traite le TFT – à plus ou moins grande échelle – démontrent que les employeurs peuvent faire advenir le changement quelles que soient leurs ressources.

Le Forest Trust (TFT) est une organisation internationale à but non lucratif qui aide les entreprises à transformer leurs chaînes d’approvisionnement à travers le monde au bénéfice des populations et de la nature.

En Malaisie, l’OIT collabore avec le gouvernement malaisien, les représentants des travailleurs et des employeurs et d’autres organisations de la société civile afin d’augmenter les connaissances, la sensibilisation et de favoriser la ratification et l’application du Protocole de l’OIT dans le pays; d’améliorer et de développer des politiques nationales adaptées et/ou de plans d’action et/ou une législation sur le travail forcé et le travail des enfants; d’intensifier les efforts pour recueillir des données fiables afin de mener des recherches et de partager les connaissances entre les institutions au niveau national; et de renforcer les organisations d’employeurs et de travailleurs pour qu’elles soutiennent la lutte contre le travail forcé en partenariat avec les autres parties concernées.

Le projet du TFT sur la restitution des passeports n’est pas financé par l’OIT.