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10 moyens pour reconnaître l’esclavage moderne

9 octobre 2015

L’un des plus grands obstacles à la lutte contre l’esclavage moderne est qu’il est dissimulé à la vue de tous. Pour mieux l’appréhender, voici une liste de dix situations dans lesquelles se retrouvent souvent les personnes victimes du travail forcé.

©lisakristine.com

1. Elles ont été trompées

De nombreuses victimes de l’esclavage moderne sont bernées pour accepter ce qui apparaît d’abord comme une bonne opportunité mais se révèle un mensonge. Prenez cet exemple de Zambie: une jeune femme s’était vu promettre un emploi de serveuse en Europe mais, une fois arrivée, elle s’est rendue compte qu’il n’y avait pas d’emploi et que son futur patron était un proxénète. Elle a été violée, frappée et contrainte de travailler comme prostituée sans recours pour trouver de l’aide.

2. Elles sont isolées

Les victimes peuvent être physiquement isolées, contraintes de travailler dans des lieux éloignés ou simplement interdites de communiquer avec leurs amis, leur famille ou quiconque parle leur langue. Par exemple, en France, une femme de ménage chinoise devait travailler 365 jours par an et avait interdiction de quitter la maison. Les inspecteurs du travail qui l’ont découverte ont dit qu’elle avait été coupée de sa famille restée en Chine et qu’elle ne parlait pratiquement pas français. Elle n’avait personne à qui parler, aucun moyen pour demander de l’aide.

3. Leurs passeports ont été confisqués

La confiscation des passeports ou d’autres documents importants est un moyen de coercition courant pour que les travailleurs acceptent leurs mauvaises conditions de vie et de travail. Par exemple, un Népalais qui travaillait comme homme d’entretien au Moyen-Orient raconte que son employeur l’a empêché de quitter son emploi ou de retourner chez lui, lui a confisqué son passeport et a refusé de lui restituer. Sans passeport, il ne pouvait pas rentrer chez lui ni même aller voir la police par crainte d’être arrêté pour défaut de visa.

4. Elles épongent une dette

De nombreuses victimes du travail forcé essaient de rembourser leur dette. Il ne s’agit pas d’une dette ordinaire pourtant: la victime n’est pas en mesure de négocier les termes que le «prêteur» peut changer comme bon lui semble; la dette se transmet d’une génération à l’autre. Cette pratique appelée servitude pour dette est particulièrement fréquente en Asie du Sud.

Prenez cette histoire d’un Pakistanais qui a fini dans la servitude pour dette après avoir emprunté l’équivalent de 200 dollars à un prêteur. Alors qu’il ne lui restait que 50 dollars à rembourser, le prêteur lui a dit que sa dette s’élevait en fait à 400 dollars. L’homme n’a pu prouver que le prêteur mentait, il a donc dû aller travailler dans une mine pour lui, dans l’espoir d’éponger sa dette.

5. On leur promet un salaire mais elles ne sont jamais payées.

Les salaires irréguliers ou versés tardivement ne relèvent pas toujours de l’esclavage moderne. Mais quand ils sont délibérément retenus pour contraindre les travailleurs à accepter leurs mauvaises conditions de travail ou les empêcher de changer de travail, cela devient un signe manifeste de travail forcé.

Par exemple, un jeune Nigérien est allé travailler dans une autre partie du pays pour aider sa famille à joindre les deux bouts. On lui avait promis le gîte et le couvert et un bon salaire – mais il n’a jamais été payé. Chaque fois qu’il réclamait, le propriétaire de la ferme lui promettait de le payer plus tard. Quand le jeune homme a finalement menacé de partir, le propriétaire l’a battu et a menacé de ne jamais le payer du tout.

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6. Elles travaillent énormément mais leurs heures supplémentaires ne sont pas rémunérées.

Un jeune Bangladais qui avait trouvé du travail dans le bâtiment raconte qu’il avait l’habitude de travailler 19 heures d’affilée, sans pause ni rémunération des heures supplémentaires et sans jamais avoir de vacances. «Ils me traitaient comme un animal», dit-il. Des horaires de travail extrêmes semblent un indicateur évident de travail forcé mais, en pratique, en démontrer la réalité peut être assez compliqué. En règle générale, si un employé est contraint de travailler davantage que la loi ne l’autorise – et vit sous une menace quelconque – alors il s’agit de travail forcé.

7. Elles vivent et travaillent dans des conditions abusives.

Au Brésil, un inspecteur du travail se rappelle avoir trouvé des travailleurs dans une fazenda, ou plantation, abrités sous des bâches plastique et buvant de l’eau contaminée. «Ils ont été maintenus dans des trous derrière des buissons pour rester cachés jusqu’à ce que nous soyons partis.» Les victimes de l’esclavage moderne subissent des conditions de vie et de travail que personne n’accepterait de son plein gré. Si elles ne constituent pas à elles seules une preuve de travail forcé, de mauvaises conditions de travail sont souvent un signal d’alerte.

8. Elles ont été intimidées ou menacées.

Les menaces et l’intimidation sont la base de l’esclavage moderne, qui exploite généralement la vulnérabilité d’une personne qui se trouve déjà en position de faiblesse. Ce fut l’expérience d’une domestique éthiopienne au Liban qui avait décidé de quitter son emploi. «La femme pour laquelle je travaillais m’a menacée et m’a dit que si je ne lui donnais pas 600 dollars, elle me dénoncerait à la police et leur dirait que je suis sans papiers. Je ne pouvais rien faire parce que je n’avais pas de papiers et je savais que la police ne m’aiderait pas».

9. Elles sont physiquement piégées.

Une jeune Kazakhe de 16 ans, victime de traite à des fins de prostitution en Russie, se souvient avoir vécu dans une pièce avec des barreaux aux fenêtres et une porte en fer. «Impossible de s’échapper. Cela a duré deux mois. Ils m’envoyaient voir mes «clients» puis me ramenaient, toujours sous bonne garde». Kidnapper des personnes pour les exploiter ou les tenir enfermées est un signe évident de travail forcé.

10. Elles ont été battues ou violées.

La violence physique est, hélas, une caractéristique courante de l’esclavage moderne. Elle peut être utilisée pour exercer un contrôle sur les victimes ou les forcer à accomplir des tâches contre leur gré, comme avoir des rapports sexuels avec leur employeur ou travailler sans être rémunéré. «Les abus ont commencé presque immédiatement après mon arrivée et sont devenus plus fréquents et violents à mesure que le temps passait», se souvient une travailleuse domestique cambodgienne de 22 ans partie travailler pour une famille en Malaisie. «J‘étais régulièrement giflée, fouettée et frappée».