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Je devais accepter le prix qu’il fixait, je n’avais pas le choix

2 novembre 2017

Un projet destiné à améliorer l’accès aux moyens de subsistance après la guerre civile au Sri Lanka aide les pêcheurs à se libérer du travail en condition de servitude pour dettes.

©lisakristine.com

Encore une journée éprouvante en perspective pour Kristin Weyanathabaln, qui part travailler à bord de son bateau de pêche sur la côte nord du Sri Lanka. Mais il a le sourire lorsqu’il raconte comment il a réussi à se libérer du carcan du travail forcé.

«Désormais, je n’ai plus aucune dette», explique ce pêcheur de 48 ans.

Ce n’est qu’en 2010 que Weyanathabaln a commencé à pêcher, un an après la fin de la guerre civile au Sri Lanka, qui a duré près de 26 ans et détruit d’innombrables vies et conditions d’existence. Il était plein d’espoir mais n’avait pas d’argent, et il a dû emprunter 100 000 roupies (650 dollars E.-U.) à un prêteur pour acheter un filet de pêche, au taux d’intérêt hallucinant de 300 pour cent.

Comme beaucoup d’autres pêcheurs du district de Kilinochchi, Weyanathabaln est vite tombé dans le piège de la servitude pour dettes. Il n’avait d’autre choix que de vendre toutes ses prises à ce même prêteur sous forme de remboursement et, la pêche étant une activité saisonnière, il devait s’endetter de nouveau auprès de ce prêteur durant la basse saison pour pouvoir joindre les deux bouts. «Je devais accepter le prix qu’il fixait. Je sais qu’il était bien inférieur au prix du marché, mais je n’avais pas le choix», explique Weyanathabaln. Il gagnait à peine de quoi subvenir aux besoins de sa femme et de ses cinq enfants.


Weyanathabaln avec sa femme et un de ses enfants

Or sa vie a changé grâce à l’intervention de l’Organisation internationale du Travail (OIT), qui a participé activement à la reconstruction post-conflit.

Les changements positifs survenus dans sa vie ont également fait la joie des administrateurs de projets à l’OIT: Weyanathabaln est en effet l’un des bénéficiaires du projet LEED d’autonomisation locale via le développement économique. Il a enfin réussi à se libérer du joug de la servitude grâce au soutien du programme.

Ce projet a accordé des financements et d’autres formes de soutien aux coopératives de pêcheurs, lesquelles aident désormais les pêcheurs à rembourser leurs emprunts, à ouvrir un compte en banque, et à gérer les finances du ménage. Les coopératives achètent et commercialisent également les prises de leurs membres. Avec l’élimination de l’intermédiaire, les pêcheurs gagnent désormais presque deux fois plus qu’auparavant. Chaque pêcheur doit placer une partie de ses revenus sur un compte d’épargne bancaire, une autre partie étant réinvestie pour financer les activités communautaires.


Désormais Weyanathabaln n’a plus aucune dette

«Je possède mon propre bateau; je l’ai acheté avec les revenus que j’ai gagnés grâce à la pêche. J’ai aussi commencé à épargner, ce que je n’avais jamais fait auparavant», raconte Weyanathabaln.

Le projet a également fourni des services de formation et d’encadrement à l’Union des sociétés coopératives de pêcheurs de Poonakary (Fishermen Cooperative Societies’ Union, FCSU), dans le district de Kilinochchi, qui offre à son tour des services de formation et de conseils à des coopératives d’autres districts. La FCSU représente quelque 2 000 pêcheurs organisés en 14 coopératives.

Lancé en 2011 avec le soutien du gouvernement de l’Australie, le projet LEED vise à aider à reconstruire des conditions d’existence qui ont été anéanties par la guerre civile.

Sur les 24,9 millions de victimes du travail forcé dans le monde, environ 50 pour cent sont liées par la servitude pour dette .